Bestialité

Bestialité

J'ai dans mon sein une bête
Qui de sang s'abreuve.
De ses griffes qui s'entêtent
Tels les pleurs de veuve

Elle arrache mes viscères,
Se délecte, avide,
De la noirceur qui s'y terre.
Cet amas putride,

Soudainement remué
Remonte à mes lèvres.
Mon corps couvert de suée
Se cambre de fièvre.

La bête, encore assoiffée,
Veut mordre et blesser
Pour noyer, pour étouffer
Son délire... assez !

La douceur pour l'apaiser,
Alors, ce sera...
Mais personne, aucun baiser...
Elle hurlera !


François F.Y.F. Meyer
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# Posté le mardi 15 septembre 2009 14:36

Nocturne

Nocturne


Incarcéré ici toute la sombre nuit,
Mon pas qui tourne et s'égrène rythme la perte
De ma raison où coup par coup s'épanouit
Un poison que j'aime dans mon antre déserte.

Je voudrais m'échapper, mais la nuit m'en empêche.
Je rage, je rugis, et je hurle aux étoiles.
Ma Muse m'observe de son regard revêche,
Et ose se refuser ! J'arracherai son voile

D'un coup de dents où déjà s'écume la rage.
La flamme de ma faim qui me brûle l'esprit
Me fait rire de cet éclat froid et sauvage.

La flamme est là, mais l'âtre demeure glacée,
Et vide ! Une brise morte vient caresser
Sans l'apaiser, mon front fiévreux de rêveries.


François F.Y.F. Meyer
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# Posté le mardi 15 septembre 2009 14:35

Modifié le mardi 13 octobre 2009 13:57

Crise

Crise


J'ai la sauvagerie de l'animal blessé
Qui sait sa lutte vaine et qui lutte pourtant.
Poussé par la douleur, je cours et déjà sais
Qu'à la fin je serai le mort ou le gagnant.

Dans cette brume épaisse où je me suis cru roi,
Le vide se lève tel un froid soleil noir.
Un fantôme de femme, ou du moins je le crois,
Fait cliqueter les chaînes du regret, le soir.

Je me sens prêt à mordre, et je cours, et je fuis,
Danse autour du vide – Ne ferais-je qu'errer?
N'importe ! Et je m'égare sans voir ce qui suit.

Hargneux et apeuré, tremblant de froid, de rage,
Un jour me redressant, empli d'un fol courage,
Je hurlerai un simple cri ! - Puis me tairai...


François F.Y.F. Meyer
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# Posté le jeudi 25 juin 2009 11:10

Tango nocturne

Tango nocturne




I


La pluie frappe à ma vitre, insolente et bornée,
Par vagues répétées, dans la nuit déjà sombre,
Comme la foudre que lance un diable encorné,
Et portant un morbide emprunté aux décombres.

Je la ressens cruelle ; et pourtant, et pourtant,
Cognant à mon carreau, ne pleure-t-elle pas ?
Triste jour, longue nuit ; enfermé là, j'attends.
Fais-je jamais rien d'autre ? Et puis soudain, des pas...


II

Des pas de danse,
Des pas de feu.
L'esprit en transe,
Devant mes yeux,
Montent les courbes
D'une danseuse.
Elle, la fourbe,
Se sait charmeuse,
Vibre, s'écoule
Comme un reptile
Parmi la foule,
Curieux futiles
Cédant la place.
Claquent talons
Tourne l'espace,
Gonflent les sons.
Froide et placide,
- Avant, côté –
Pourtant acide :
Suavité
Dans ce duel,
Combat royal
Parfois cruel,
Parfois brutal.
Sont-ils amants,
Sont-ils rivaux ?
C'est un aimant !
¡ Mujer !, ta peau
Se tend, s'éloigne
Comme un flambeau
Qui brûle et soigne,
Et me rend beau.
Suave et sèche,
Ta danse alerte
Mon sang revêche,
Mon flegme inerte.
¡ Vaya ! Dama,
Baile tango
En mi alma...
¡ Estoy loco !



III


Quand mes coups d'épées qui ne fendent que le vide
Se font des coups d'épées qui me fendent le c½ur ;
Que l'esprit fait le mort, que le corps est avide ;
Dans Orage ou Désert, la colère ou la peur,

Bailarina mía, tu restes l'oasis,
Le désir, le fantasme, un rêve évanescent,
Qui m'anime et m'épouvante ; en ton iris,
Je peux voir ton ordre brûlant : « sois insouciant ! »


François F.Y.F. Meyer

# Posté le samedi 18 avril 2009 14:55

Modifié le jeudi 06 août 2009 14:48

Malédiction

Malédiction


« Toi, toi le poète orgueilleux, toi l'imprudent,
Qui t'aventuras sans défense en cette terre ;
-Cette terre étrange, lointaine, au froid mordant - ;
Qui t'avanças sur ses sentiers et leurs mystères ;

Qui bus l'eau claire et mangeas la chair de ses fruits ;
T'y voici prisonnier, maintenu ad vitam
Dans ses vents trop puissants, dans ses déserts sans bruit.
Alors, vois, vois ! Vois l'errance que tu entames.

Tiré toujours en direction de l'horizon,
Tu chercheras sans pause ; infatigable apôtre
Des nouvelles saveurs, atteignant son gazon,
Tu hurleras : « La peste ! Il y en a un autre ! »

Mais au foyer, toujours le manque intolérable ;
Attente, déception, souvenir d'une femme
Dans un port trop lointain, un désir vers le sable,
L'aventure, la mer ! Pris dans ces états d'âme,

Il te faudra partir, ou périr d'inaction !
Pars, avance, avance sans cesse : au moindre arrêt,
Lorsque tu chercheras repos ou diversions
Dans un gîte nouveau où souffle un air si frais,

Déjà se gangrènera cet Eldorado.
Trop tard ! A peine arrêté, tu fuiras encore.
Pars, avance, avance sans cesse ; et ton radeau
Toujours tout droit naviguera ; car si ton sort

Te ramène en un lieu là où ton c½ur se plut,
Tu n'y trouveras que vestige et pourriture,
Et l'âpre goût amer où la magie n'est plus.
Il te faudra une plus fraîche nourriture.

Et balancé toujours entre faim et dégoût,
Jamais n'étancheras ton insatiable soif.
Tu voudras rire, être poète, ou être fou,
Mais aucun jeu, aucun masque et aucune coiffe

N'occultera en toi ce vide qui se creuse.
Quand tu imploreras le repos, des vacances,
Ou lorsque tes envies se feront paresseuses,
Tes voix te diront « non ! » ; tes voix diront : « avance ! » »


François F.Y.F. Meyer
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# Posté le dimanche 01 février 2009 15:28

Modifié le jeudi 06 août 2009 14:47